Monsieur le Président,
Cher Alain, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Maire,
Chers amis de ce vaste monde du vin,

C’est pour moi une grande joie d’être de retour ici aujourd’hui. La dernière fois que j’y suis venue, c’était pour l’inauguration de Vinexpo 2005, puisque nous sommes
privés de Vinexpo durant les années paires, à moins d’aller à l’autre bout du monde, à Tokyo ou à Hong-Kong, où se tiennent les Vinexpo Asia
Pacific. En 2005, donc, je me rappelle que le prince des Asturies se trouvait présent. Comme j’avais eu l’honneur de marcher à ses côtés, la rumeur m’avait vite faite
princesse des Asturies…

Que de choses se sont passées depuis deux ans !

Sur un plan politique, d’abord. L’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République nous a fait entrer, j’en suis bien convaincue, dans une nouvelle
ère, joyeuse, dynamique, porteuse de progrès et de renouveau. La France s’est définitivement engagée dans le XXIè siècle.

Sur un plan personnel, ensuite. A l’époque, je venais tout juste d’être nommée ministre du Commerce Extérieur. Aujourd’hui, je suis une toute fraîche ministre
de l’Agriculture et de la Pêche. J’espère que vous me porterez dans ma nouvelle mission la chance que vous m’avez portée dans la précédente.

Et enfin, surtout, sur le plan de la viticulture. En 2005, en ce lieu même, l’ambiance était moins à la fête. Le volume de nos exportations avait chuté pour la
sixième année consécutive et, malgré tous nos efforts, les chiffres du premier trimestre n’auguraient d’aucune embellie. Nous ne savions pas quand cette
malédiction allait cesser. Nous étions comme Job, nous demandant jusqu’où nous allions être éprouvés. Mais comme lui, nous ne perdions pas espoir. Et
nous avions raison : il suffisait de poursuivre notre effort encore quelques mois. L’année 2006 s’est révélée un cru exceptionnellement bon, nos exportations sont
reparties à la hausse de 11,4 %, portant ainsi notre solde commercial à un record de 7,7 milliards d’euros ! Cette tendance se poursuit cette année et je suis heureuse de
venir aujourd’hui trinquer avec vous à ce succès longuement attendu et bien mérité.

Est-ce le reflet de ce dynamisme ? Vinexpo ne m’a jamais paru aussi flamboyante. Jean-Marie (Chardonnier) nous a annoncé les chiffres : plus de 40 000
m² de stands, l’équivalent de six terrains de football mis bout à bout, où les hors-jeux ne concernent que les
bouchons de champagne qui, parfois, sautent un peu trop loin. Des dizaines de milliers de visiteurs venus du monde entier, qui prouvent que le bon goût ne connaît pas de
frontières. Plutôt que de répéter la formule bien connue, « in vino veritas », j’aimerais plutôt dire : « in vino pacem », dans le vin,
la paix des peuples. La couleur, l’éclat, l’arôme, l’astringence ou la longueur d’un vin, autant de notions universelles pour une langue qui ne se parle que la bouche pleine.

En tant que ministre de l’Agriculture et de la Pêche, le vin devrait occuper exactement 17% de mon esprit, puisque c’est sa part dans la production agricole nationale. Et pourtant, vous
vous en doutez, il me touche bien davantage. Car le vin, depuis toujours, c’est la France, pour sa diversité (plus de cinq cents vins différents), pour sa richesse (9,5 Md d’euros
de production), pour la réputation qu’il nous assure dans le monde. Le vin, c’est la France, avec ses 850 000 hectares de vignes, c’est-à-dire plus de 10% du vignoble mondial. Je
cède ici la parole à Roland Barthes, qui écrit dans ses Mythologies : « Le vin est senti par la nation française comme un bien qui lui est propre, au
même titre que ses 3 600 espèces de fromage et sa culture. C’est une boisson-totem ». C’est à cette boisson-totem, entourée de son cortège de vins
mousseux et de spiritueux, de bulles et de liqueurs, que je voudrais rendre hommage aujourd’hui, à cette boisson qui symbolise notre identité commune peut-être encore
davantage que le célèbre coq. D’ailleurs, il y a des coqs au vin.

I Le secteur se porte mieux, surtout grâce aux exportations

Oui, je veux lui rendre hommage, oui, je veux vous rendre hommage, car en dépit des cris de Cassandre que j’entends ici et là, le vin se porte bien. 7,7 Md d’euros d’exportations,
c’est l’équivalent de 150 Airbus ! Ces bons résultats sont partagés entre tous les secteurs : les vins progressent de 9,9%, les champagnes s’envolent, et les spiritueux
améliorent leur performance de 7,2%, grâce bien sûr au cognac, au rhum et à la vodka, mais aussi au cachaça !

Notre premier importateur demeure les Etats-Unis (pour plus de 2 Md d’euros), tendance qui est appelée à se renforcer, car les experts prévoient qu’en 2010, les Etats-Unis
deviennent le premier pays consommateur de vin au monde. J’ai moi-même vécu de nombreuses années à Chicago, et je peux témoigner de l’exceptionnel prestige
dont jouissent les french wines, ainsi que de l’effort flatteur et parfois comique que font nos amis d’Outre-Atlantique pour assimiler tout le vocabulaire de la dégustation. Il suffit
pour s’en convaincre d’assister à l’arrivée du marathon de Bordeaux, cette fameuse course qui a lieu tous les ans à travers les vignes, et où les traditionnelles
bouteilles d’eau en plastique se transforment en verres des plus grands crus : les noms des coureurs et leur ville d’origine, égrenés au micro, vous donnent une assez bonne
indication du rayonnement mondial de nos vins.

D’autres pays, notamment les pays émergents de l’Est, doivent attirer toute notre attention. Ils sont désormais des acteurs incontournables du marché mondial : la Chine est
devenue en 2005 le dixième pays consommateur de vin tranquille, tandis que la barre du milliard de caisses de spiritueux consommés en Asie a été franchie la
même année. Leur marge de progression est considérable : ainsi, Singapour a augmenté ses importations de vins français de 70% l’année dernière.

Le dynamisme de nos exportations s’inscrit dans une conjoncture internationale particulièrement favorable : le nombre de consommateurs ne cesse d’augmenter. Le marché mondial des
vins et spiritueux poursuit sa progression et devrait approcher les 300 milliards de dollars en 2010, soit six fois le chiffre d’affaires du « GYME » (Google, Yahoo, Microsoft et
e-bay) ! A l’heure du tout-informatique, le vin reste finalement ce qui sépare le mieux le virtuel du réel, ou plutôt, devrais-je dire, le virtuel de l’imaginaire. Comme le
disait Pierre Dac, mieux vaut boire le vin d’ici que l’eau-delà.

Je vous l’avais déjà dit en tant que ministre du Commerce Extérieur, je vous le redis aujourd’hui en tant que ministre de l’Agriculture : l’Etat se doit d’encourager les
exportations françaises et il ne relâchera pas son effort en ce domaine.

Ce rôle, l’Etat le remplit d’abord dans les négociations internationales.

A l’OMC, nous sommes attentifs non seulement à suivre les négociations en cours, mais aussi à veiller à la juste application des règles existantes par
l’ensemble des membres. Ainsi, dans le cas du différend entre l’Union européenne et l’Inde sur les importations de vins et spiritueux, la mise en place d’un groupe spécial
par l’Organe de Règlement des Différends (ORD) permettra d’amener les autorités indiennes à la révision de leur dispositif fiscal, comme leurs
dernières annonces le laissent croire.

Les accords commerciaux bilatéraux, quant à eux, concernent essentiellement l’Union européenne et les pays tiers. Sur ce terrain, la reconnaissance des Indications
géographiques est primordiale et je me réjouis que des avancées concrètes aient pu voir le jour dans les accords signés avec les Etats-Unis et
l’Australie… Nos partenaires doivent bien comprendre que le développement des
Indications géographiques ne menace celui des marques, mais au contraire le complète. Car, il faut l’affirmer, la qualité d’une bouteille peut difficilement être
jugée indépendamment de celle du terroir. Les raisins ne poussent pas sur des chaînes de montage. Le consommateur le sait bien, d’ailleurs : nos exportations de vins et
spiritueux AOC représentent plus des trois quarts de nos exportations totales. C’est maintenant aux différents gouvernements de prendre leurs responsabilités en la
matière.

Au niveau national, l’Etat a mis en place un dispositif public d’appui à l’exportation. Il consiste notamment en actions d’image et de promotion collective financées par l’Etat et
VINIFLHOR, en l’appui d’Ubifrance et des missions économiques à l’étranger, ainsi qu’en l’aide à des salons ou à des mini-expositions, notamment par le biais
de la SOPEXA : ainsi l’Etat a subventionné un pavillon France pour le salon de Vinexpo à Hong-Kong l’année dernière, et s’apprête à renouveler cette
opération pour celui de l’année prochaine.

A ces initiatives s’ajoutent des mesures à plus long terme dans le cadre de CAP EXPORT, une initiative que j’avais moi-même lancée il y a deux ans en tant que ministre du
Commerce Extérieur, et qui comprend notamment le crédit d’impôt export ou l’assurance prospection. Celle-ci permet aux entreprises de se prémunir contre le risque
d’échec commercial, et a été renforcée sur les cinq pays pilotes que sont les États-Unis, le Japon, la Russie, la Chine et l’Inde, pour lesquels le niveau de
garantie peut atteindre 80 % des investissements.

Miser ainsi sur nos exportations me paraît d’autant plus important que le marché intérieur se rétracte et qu’ailleurs la compétition est rude. A l’heure
où le marché du vin devient global, où des pays comme les Etats-Unis, Australie, Afrique du Sud, Argentine ou Chili se transforment de consommateurs en producteurs, et
concentrent désormais plus d’un quart du marché mondial, la France doit plus que jamais s’imposer. Pour que soit vraie encore longtemps la devise de l’Académie des vins de
Bordeaux : hic uva, ubique nomen, ma vigne est ici, mon nom est partout.

Il n’y a pas de fatalité de la concurrence, ces derniers mois nous l’ont bien montré. Nous possédons une tradition d’excellence, notre savoir-faire est reconnu dans le
monde entier, notre prestige demeure intact. C’est le moment ou jamais de nous lancer pour de bon dans la course de la mondialisation, d’accepter ses contraintes pour mieux profiter de ses
opportunités. Si nous ne le faisons pas, d’autres le feront, et ils le feront moins bien que nous. Les fruits sont mûrs, nous n’avons plus qu’à les cueillir. Ne laissons pas
les autres faire les vendanges à notre place.

Les résultats de cette année sont excellents. Hé bien, ils seront encore meilleurs l’année prochaine. Tous ensemble, nous imposerons la France comme leader mondial,
incontesté, du vin et des spiritueux. Il ne suffit pas d’avoir une bonne cave, encore faut-il savoir la mettre en valeur.

II Des réformes s’imposent pour faire encore mieux

Pour cela, vous le savez, des réformes sont nécessaires, sur le plan national et sur le plan européen. Je souhaite que nous puissions les mener à bien rapidement.

1) Sur le plan national

Sur le plan national, il me semble indispensable d’améliorer la gouvernance de la filière, beaucoup trop dispersée à l’heure actuelle. Cela permettra de clarifier
les responsabilités de chacun et d’agir de manière plus concertée, avec l’aide bien entendu de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité, ainsi que de
l’Office National Interprofessionnel des Fruits, des Légumes, des Vins et de l’Horticulture.

Dans cette perspective, je ne peux qu’encourager le renforcement des Conseils de Bassin, mis en place par Dominique Bussereau en juin 2006, et qui depuis un an ont fait la preuve de leur
efficacité. En réunissant à leur échelle les différents maillons de la filière vitivinicole, ces Conseils offrent une précieuse instance de
concertation et de proposition à tous les producteurs et les metteurs en marché d’un même bassin.

Certains conseils de bassin ont déjà élaboré une véritable stratégie collective, par exemple en créant une fédération des
interprofessions viticoles du bassin. A terme, je crois nécessaire que les bassins de production se dotent d’une organisation cohérente et performante.

Réformer nos structures de production ne servirait cependant à rien si l’on n’adressait pas en même temps des signes clairs au consommateur, surtout au consommateur
étranger : il faut rendre l’offre française de vins encore plus lisible. De même que les grands chefs ne cuisinent pas seulement pour des gourmets, de même que les
hommes politiques ne s’adressent pas seulement à des passionnés des débats parlementaires, les producteurs de vin doivent accepter de ne pas vendre leurs bouteilles
seulement à des experts. Les grands amateurs, les dégustateurs de génie, rassurez-vous, ils existeront toujours, et ils viendront de plus en plus du monde entier pour
apprécier vos produits. A côté de cette clientèle très ciblée, il est nécessaire de satisfaire le goût et la curiosité du
consommateur non-spécialiste. Pas seulement pour des raisons purement commerciales. Mais aussi par respect pour la diversité des palais et des cultures. Savoir plaire au
néophyte, n’est-ce pas, après tout, le sommet de l’art ?

La récente création du vin de pays Vignobles de France offre un bon exemple de cette volonté de clarification : l’acheteur reconnaît immédiatement le produit,
qui porte une indication de cépage. Nous devons continuer dans cette voie.

Plus de lisibilité, cela implique également de repenser l’architecture globale de l’offre des vins français. Notre segmentation de marché est beaucoup trop
compliquée. Autant les grandes AOC d’un côté, et les vins d’entrée de gamme (vins de table) de l’autre, sont assez bien identifiés, autant le moyen de gamme
reste extrêmement confus aux yeux du consommateur. Il faut donc sortir de nos carcans, de nos querelles de clochers et définir avec le négoce les nouvelles catégories
de vins que réclame le marché. M. Jérôme Despey, président du Conseil spécialisé vins de Viniflhor, a pour mission d’entreprendre sur ce sujet
une réflexion globale, avec le concours de M. Bénard de l’INAO. Toutes les solutions restent encore ouvertes, mais le temps presse.

Enfin, les réformes doivent bien sûr porter sur la modernisation et la restructuration des entreprises du secteur viti-vinicole, dans la perspective de faire émerger de
grands groupes leaders, compétitifs sur le plan international, et parfaitement adaptés au marché. Cela pourrait passer par la création d’un fonds en
capital-investissement dédié à ce secteur, qui interviendrait sans altérer le libre jeu de la concurrence et servirait pour tous les acteurs de catalyseur. Des
travaux sont déjà engagés autour de la constitution de ce fonds. Je leur souhaite d’aboutir le plus rapidement possible.

2) Sur le plan européen

J’ai réservé pour la fin le sujet le plus corsé, comme il est de tradition lors des dégustations. Je veux parler de la réforme de l’OCM.

C’est un sujet difficile sur lequel, je crois, il faut avoir les idées claires.

Oui, l’OCM est une bonne chose et il ne faut pas la supprimer. Une libéralisation totale serait dramatique sur tous les plans, économiques, sociaux et culturels. Regardez la
viticulture australienne, souvent montrée en exemple ces dernières années, aujourd’hui frappée par une crise sans précédent : est-ce ce
modèle-là que nous voulons pour notre pays ? Oui, l’OCM a besoin d’une réforme. Elaborée à la fin des années 90, elle a aujourd’hui atteint ses
limites. Des régimes de distillation trop favorables ont créé un débouché artificiel pour certains vignobles. Il faut avoir le courage d’adapter une structure
déjà ancienne à un monde en perpétuelle évolution.

Non, nous n’accepterons pas les propositions que la Commission nous fera le 4 juillet si elles vont à l’encontre de nos intérêts. En particulier, nous ne transigerons pas
sur le maintien des droits de plantation ni sur la conservation de mesures de gestion de marché, et nous nous opposerons à la fausse bonne idée d’un arrachage massif.
Certes, la surproduction mondiale se chiffre cette année à 10 millions d’hectolitre, mais plutôt que de réduire l’offre, adaptons-la à la demande ! Attaquons
de nouveaux marchés ! Partons à la conquête de ces pays lointains, toutes voiles dehors, au lieu de saborder notre propre navire !

C’est pourquoi la France compte avancer devant la Commission une série de contre-propositions pour la réforme de l’OCM, dans une perspective non pas défensive, mais
offensive. Parmi celles-ci, le renforcement des organisations de producteurs, l’adaptation des mesures de régulation de marché, la simplification de l’étiquetage,
l’ouverture d’un véritable débat sur les pratiques Ã…â€Ŕnologiques comme l’utilisation des morceaux de bois,
la mise en place d’un plan ambitieux de promotion du vin à l’échelle européenne, et la défense des Indications géographiques. Voilà de vrais chantiers.
Pour que nos difficultés d’aujourd’hui, nous les transformions demain en atouts.

Nous ne pouvons pas nous arrêter à mi-chemin de la modernisation. Nous devons aller jusqu’au bout. Quand le vin est tiré, il faut le boire.

Si je devais résumer ces défis en trois mots, je dirais : organisation des producteurs, lisibilité des produits, conquête des marchés. Bon courage. Je serai
à vos côtés. Mais je sais qu’un pays qui s’est relevé du phylloxéra n’aura aucun mal à triompher de la mondialisation.

Conclusion

Chers amis, je vous souhaite encore une fois tout le bonheur possible pour cette quatorzième édition de Vinexpo. Les vignerons beaujolais ont une maxime que vous connaissez sans
doute : « Un bon vin ? c’est pas compliqué : c’est un vin qu’on a envie de reboire ». Etant donné la qualité des vins proposés ici, j’espère que
vous ne l’appliquerez pas à la lettre…

Cher Jean-Marie (Chardonnier), je suis impatiente de traverser cette fameuse passerelle que vous avez mentionnée dans votre discours, et dont j’ai tant entendu parler à Paris. Une
passerelle qui relie deux rives, comme l’Ancien et le Nouveau monde, la vieille Europe et les pays émergents. Tout un projet.

Et puis, oublions un instant tous ces discours, et allons déguster paisiblement ces vins que nous proposent plus de 2000 exposants. Cela nous remettra les idées en place. Comme
l’écrit Charles Baudelaire : « Le vin rend l’Ã…â€Ŕil plus clair et l’oreille plus fine ! »

Je vous remercie.

www.agriculture.gouv.fr